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Rencontre TTNet, Novembre 2005

by Marc Van Coillie last modified 23-08-2007 21:48

La journée se composait d'une matinée d'interventions et d'une après-midi de table ronde et d'échanges avec la salle. 70 personnes environ étaient présentes.

Intervention de Madame Anne de Bligneres

La place des formateurs dans la politique communautaire.
Il convient d'affirmer que les formateurs sont le socle de la société de la connaissance
Ils sont confrontés aux mutations, aux nouvelles exigences formulées par les apprenants.
Dans les 10 années qui viennent, un million de formateurs devront être recrutés, sans parler du déficit d'image à combler.
On peut donc dire que l'évolution des métiers de la formation représente une mutation majeure tant en terme quantitatif que qualitatif.
C'est la raison pour laquelle a conférence de Bruxelles de 2005 à la suite de celle de Maastricht en 2004 et de 2002 à Copenhague, s'est concentrée sur la recherche d'un cadre, intitulé EQF (European Qualification Framework).


L'étude de Maastricht reconnaît 5 catégories de professionnels
- Ecoles & collèges
- Travaux pratiques, écoles professionnelles
- Formation/tutorat dans les entreprises
- Organismes de formation professionnelle, de l'insertion sociale, qualifications de base
- Organismes de formation professionnelle agissant à la demande des employeurs (CCI, sectoriel, organismes privés)

La mise en place d'une politique communautaire (2002) et la mise en évidence de l'enjeu central que représente le socle de la société de la connaissance sont donc très récentes.

Quelle est la contribution des formateurs à la qualité de la formation ?
- Démarche de management de la qualité interne à l'organisme
- Démarche d'assurance qualité par le paramétrage de la production de la qualité
- Démarche de certification de l'organisme pour lequel ils travaillent

Le triptyque Compétences / Qualité / Evaluation est plus ou moins centralisé selon les pays.
En Italie, aux Pays Bas, en Espagne, l'évaluation des compétences des acteurs garantit la certification des organismes de formation.
L'analyse des compétences pour une meilleure transparence est fournit au niveau national par un cadre commun, ce qui signifie une démarche d'analyse des métiers par les compétences.
Il en résulte que la production de normes professionnelles + le passage d'une certification basée sur la matière fait évoluer vers l'évaluation des compétences, elles-mêmes montrant l'évolution de nouveaux profils professionnels. On constate en effet le renforcement du rôle managérial (c'est à dire la prise en compte du contexte, de la gestion de projet, de fonctions dévaluation…) par rapport au rôle didactique pur. La tendance est donc à l'élargissement des périmètres des champs d'activité de l'enseignant…

On voit donc l'impact des exigences communautaires et nationales sur les métiers des formateurs.

3 conditions sont indispensables pour répondre à ces exigences :
- Une formation initiale certifiante
- Une véritable évolution des carrières (rare encore dans l'enseignement) favorisant la mobilité professionnelle et sectorielle
- Une formation continue digne de ce nom, ce qui est une exigence forte et paradoxale car le niveau de formation continue est faible sur ce secteur.


Intervention d'Anne-Marie Charraud, CNCP (Commission National de Certification Professionnelle)

EQF devient en français : Cadre Européen de Certification Professionnelle ce qui déjà en soit révèle le danger de vouloir transformer la qualification en liste de certifications liées à ceux qui certifient. Tout certifier enfermerait la qualification. Partir des compétences peut éviter ce piège. La VAE est un terme français et une approche française, traduction de l'apprentissage formel et informel au plan européen.

Le constat est que la VAE est difficile à mettre en oeuvre. La certification en France ne passe pas par l'évaluation des compétences. La qualification est avant tout le fruit d'un passage par un acte de formation. En conséquence, derrière les acquis il y a souvent le résultat de formations. Du coup, passer à une évaluation qui tienne compte de tout ce qui est formel mais aussi informel n'est pas simple. La terminologie multiple - résultats, acquis…- trahit cette difficulté. La VAE est une révolution culturelle.

Evaluer et certifier des apprentissages non structurés (non acquis lors d'une formation) est perturbant en France, car la VAE s'est mise en place dans le cadre des référentiels de certification qui servent de support à la qualification. Ce sont les mêmes personnes qui certifient dans les 2 cas. Il est difficile de trouver des personnes prêtes à le faire et qui s'intéressent à ce nouveau processus, et le candidat doit montrer que ses acquis sont structurant par rapport au cadre certifiant.

En 1993, 95% des certificats sont dus à des formations. Peu à peu l'écriture des référentiels se basent sur les objectifs métiers et les compétences pour aller vers l'écriture des certifications : c'est une complète nouveauté ! Mais l'on reste dans le domaine du bricolage.

Dorénavant, il s'agit d'analyser le métier, d'en déduire les compétences nécessaires, de baliser les ressources pour les acquérir et enfin d'envisager une évaluation qui permettra à la VAE de fonctionner.
Le métier d'évaluateur est nouveau et perturbant. La France est impactée par les autres pays où il y a rupture entre les métiers de formateurs et ceux d'évaluateurs. Or en France, culturellement, le formateur est le meilleur évaluateur ce qui est un problème car il est juge et partie. La confiance dans l'évaluateur est pourtant primordiale et donc il y a un effort à faire pour construire une confiance vis à vis d'évaluateurs extérieurs au processus de formation structuré.
L'évaluation est une fonction intégrée au métier de formateur ou un nouveau métier ? Si c'est un nouveau métier, qu'en est-il de l'accompagnement, du conseil inhérent au montage d'un dossier VAE ?
Quoi qu'il en soit, l'évaluateur et le formateur doivent travailler ensemble, en confiance.
Le rôle transmetteur de savoir de la fonction formateur est fortement remise en cause. Celui-ci doit s'ouvrir à un rôle d'acteur responsable d'inclusion sociale en accompagnant les personnes. En ce sens, la VAE joue un rôle d'inclusion sociale énorme.

La reconnaissance institutionnelle des compétences et l'obtention d'une certification reconnue dans un cadre collectif à un impact énorme sur la personne en dehors de l'obtention même d'un emploi.


1ère table ronde
Critères et méthodes de recrutement dans diverses structures : CEGOS, GRETA…

On a vu dans les diverses interventions de ce matin les évolutions du métier, les fonctions du formateurs liées aux contextes (européen, individualisation, VAE…)

Y a-t-il un impact sur les méthodes de recrutement des formateurs ? Sur les critères de recrutement ?

Frédérique Cuizinier pour la CEGOS : les résultats présentés sont issus d'interviews de formateurs au sein de l'organisme.
Les demandes de formation adressées à notre entreprise sont plus concrètes, avec un exigence plus opérationnelle, il faut répondre tout de suite et à moindre coût, avec une imbrication plus forte entre travail et formation. L'expertise est donc plus forte avec une vraie valeur ajoutée. Les formations sont plus courtes mais avec un accompagnement ensuite sur du long terme.
Les normes qualité ont également un impact, exigeant plus de formalisation en amont (plus d'ingénierie), plus d'animation aussi et une séparation entre ces deux axes. Le côté artisan, l'empathie du formateur sont des aspects qui sont moins importants, la coopération en revanche est perçue comme essentielle.
Durant les sessions de formation, les formateurs ressentent une tension sociale plus forte ce qui se traduit par des comportements qui ont d'avantage l'aspect de réactions exutoires. La dimension d'écoute est donc également plus importante.
Les critères de recrutement sont donc directement impactés par ces évolutions et l'on y retrouve les compétences d'ingénierie, d'écoute ainsi que la création de nouveaux profils (le tutorat en accompagnement long)..
A la CEGOS, on procède par simulation, études de cas sur papier, discussion ensuite en entretien.
Il y a également une évolution de la qualité de vendeur derrière l'acte de formation : expertise plus forte, écoute/communication, sens commercial, coopération et capacité à travailler en équipe sont les tendances fortes actuelles.

Françoise Nallet pour Retravailler : Notre métier c'est de conseiller, d'accompagner un projet professionnel. L'apprenant décide en dernier lieu. Retravailler donne simplement les moyens de parvenir aux objectifs que l'apprenant se fixe.
Les changements sont dus beaucoup à l'historique de la structure. Le recrutement se faisait en insertion avec un accompagnement par un « ancien » de l'équipe.
Aujourd'hui, les publics sont beaucoup plus variés et donc il n'y a plus de méthode clé en main ce qui représente un bouleversement pour notre organisme.
 Il faut également noter la précarisation de l'emploi qui amène des publics de plus en plus nombreux et sans motivation car souvent envoyés par contrainte, dan le cadre d'expériences précaires qui ne construisent pas de compétences.
L'ensemble complique singulièrement le métier.

Patrick Pelletier, GRETA, anacfoc :Les critères de recrutement sont très variés. Il y a 45000 formateurs au GRETA dont 10000 permanents contractuels formateurs pour lesquels les critères sont toujours liés aux exigences de l'état : bac +2 ou bac +3, sur des fonctions de transmission des savoirs (langues, métiers…)
De plus, les niveaux délivrés vont de 5 à management, ce qui a forcément un impact sur le recrutement des personnes qui devront assurer ces formations.
Un nouvel élément qui perturbe beaucoup et apporte un critère supplémentaire est la FOAD.
Enfin, d'autres critères sont à l'oeuvre, comme les coûts salariaux, d'où la présence importante de vacataires ce qui affaiblit d'autant les forces de la R & D en interne.
Au GRETA on procède à la mise en situation réelle, le recrutement est donc empirique ; on "teste le candidat".


2è table ronde : Evolution des métiers des formateurs

Pour Véronique Jolly de ED2F, Quel est le contexte ?
La décentralisation qui fait que les organismes de formation passent d'une logique de subvention à une logique d'appel d'offre et donc une logique de marché.
Une période de creux suite à la loi formation
Le changement politique dans les régions
Après une période de partenariat, la tendance est d'avantage à la concurrence car les organismes de formation deviennent prestataires des institutionnels.
Ils sont passés de formations en groupes à de l'accompagnement individualisé

Pour l'AFPA, les éléments clé de changement sont :
la décentralisation
le papy-boom
Changement de profil : disparition du moniteur (celui qui montre comment faire) au profit de l'accompagnateur
Il y a 30 ans, un enseignant nouvellement recruté passait 16 semaines en formation pour un enseignement clairement délimité et structuré ; aujourd'hui, la formation est plus courte et pour des rôles plus variés et plus complexes ; de plus, il est le plus souvent recruté en cdd.

Les facteurs de changements sociaux, politiques, économiques et technologiques ont donc un impact énorme sur le métier de formateur qui par son rôle en bout de chaîne, face aux apprenants, se trouve dans l'obligation de répondre aux exigences nouvelles imposées à la fois par la société, l'apprenant lui-même, les contraintes économiques, les mutations technologiques…
Cela se retrouve dans les critères de recrutement des structures de formation, qui cherchent des "moutons à 5 pattes" ne sachant pas le plus souvent résoudre elles-mêmes ces contraintes.
Tous les acteurs présents sont d'accord avec ce constat. Reste qu'"il faudra bien qu'un jour, nous nous posions ces questions", nous dit Jeanne Schneider, Ecole de la 2è Chance.


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